Brune POIRSON, une utilisation subtile du shaming en politique ?

Le 31 janvier 2019, Brune POIRSON réunissait les grandes enseignes de restauration rapide afin d’exiger des plans de mise en conformité sur la question du tri des déchets. Le 7 avril, elle annonçait dans la presse que les plans de mise en conformité de cinq entreprises manquaient à l’appel. Le 22 mai dernier, à travers un courrier qui a fuité dans la presse, elle faisait savoir que les mesures proposées par les enseignes n’étaient « pas assez ambitieuses », et qu’elle demandait des modalités de déploiement plus rapides.

Le name and shame serait-il devenu l’un des outils les plus utiles à la Secrétaire d’Etat, qui va bientôt présenter son projet de loi « anti-gaspillages » au Parlement ? Pour rappel, cette technique consiste à nommer publiquement des acteurs économiques ou politiques, afin de leur attirer l’opprobre publique pour les faire ensuite changer de comportement. Et si c’est le cas, qu’est-ce que cela dit de nos politiques publiques ? Est-ce une arme complémentaire, ou au contraire l’aveu d’un échec, lorsque la règlementation n’est pas respectée ?

Depuis des mois, la méthodologie semble bien ficelée. D’abord, choisir un sujet qui parle au grand public : le tri des déchets, et plus encore les emballages plastiques. Ensuite, sélectionner des acteurs qui ne respectent pas une règlementation pourtant en vigueur depuis des années. Après, convoquer, afin de prévenir, et laisser l’opportunité de s’améliorer. Enfin, sanctionner lorsque les engagements n’ont pas été respectés, pour que les menaces ne restent pas lettre morte.

Le feuilleton des enseignes de restauration rapide n’est qu’un exemple : avec l’éco-organisme Eco-DDS, avec qui le ministère de la Transition écologique et solidaire a eu un bras de fer en début d’année, la méthodologie a été la même, à savoir communiquer auprès de la presse généraliste afin de susciter la honte. Avec d’autres entreprises et le Pacte National sur les Emballages Plastiques, c’était son corollaire : communiquer positivement sur des pratiques vertueuses, afin d’encourager les entreprises à respecter certains principes.

Mais est-ce bien efficace ? Pour ce qui concerne la restauration rapide, il est encore trop tôt pour juger. A première vue, cette technique peut paraître pertinente pour plusieurs raisons : elle est rapide, n’est pas coûteuse et peut être tout aussi efficace que la sanction (au moyen du tribunal de l’opinion publique et à l’enjeu de réputation). Mais elle peut également apparaître comme un aveu de faiblesse : pourquoi recourir à ce shaming si les entreprises sont de toute façon obligées de respecter les règles en place ? N’est-ce ce pas reconnaître que la loi n’est pas appliquée ?

Et à regarder de plus près, il semblerait que la Secrétaire d’Etat n’ait même pas elle-même été à l’origine du « mouvement de honte ». En effet, c’est d’abord une ONG et une émission télévisée qui ont pointé du doigt le manque d’application des règles de tri. N’est-ce pas alors un « shaming subi », dans le sens où le ministère a été obligé de se saisir lui-même de ce sujet, afin de ne pas être désigné comme le coupable ?