Huile de palme: comment Nicolas Hulot s’est habilement sorti d’une polémique complexe

La nomination de Nicolas Hulot au Ministère de l’Ecologie a suscité toutes les attentes. Il symbolisait l’ouverture d’Emmanuel Macron et sa caution environnementale. Depuis, Nicolas Hulot a dû traverser plusieurs épreuves : abandon de l’objectif de ramener à 50 % la part du nucléaire d'ici 2025, recul sur la fin des hydrocarbures, entrée en vigueur provisoire du Ceta, etc.

On pensait que Nicolas Hulot avait passé le plus dur et voilà qu’un symbole du combat écologique depuis plusieurs années s’invite à l’agenda : l’huile de palme, qui symbolise à elle seule toutes les tares pour les écologistes – déforestation, extinction d’espèces, déplacement de populations… Bref, difficile de trouver un sujet plus explosif.

Total s’apprête en effet à ouvrir à la Mède dans les Bouches du Rhône une « bioraffinerie » important majoritairement de l’huile de palme de pays producteurs comme la Malaisie. Total deviendrait ainsi le premier importateur français d’huile de palme. Cette annonce a suscité une opposition forte des ONG naturellement, mais également des agriculteurs. Cette huile de palme importée vient en effet concurrencer le bioéthanol et le biodiesel (produits majoritairement en France à partir de betteraves et de colza) incorporés dans les carburants.

Plusieurs raisons pour Total. D’abord, des enjeux sociaux avec la reconversion du site de la Mède et la nécessité de maintenir l’emploi industriel dans une région déjà très touchée par les fermetures d’usines. Ensuite, la maîtrise du marché et des coûts pour Total. L’huile de palme importée lui coûterait moins cher que les biocarburants français. Enfin, et ce sujet n’a été que peu abordé pour le moment : les coûts de dépollution du site de la Mède et la nécessité donc pour Total de le reconvertir industriellement.

Quoi qu’il en soit, Nicolas Hulot n’en a pas fait un « casus belli » alors qu’il déclarait encore en juillet 2017 lors de la présentation du Plan Climat vouloir mettre fin à la possibilité d’incorporer de l’huile de palme dans les biocarburants.

Pourquoi ? Bien sûr, l’influence de Total est un facteur majeur, le groupe pétrolier affirmant publiquement que les autorités françaises au plus haut niveau de l’État le soutiennent. Les enjeux dépassent aussi ici les pures préoccupations environnementales pour s’inviter dans l’arène géopolitique. Depuis plusieurs années, l’huile de palme alimente les tensions diplomatiques entre l’Europe et les 2 principaux pays producteurs (la Malaisie et l’Indonésie). On a ainsi vu la Ministre des Armées en Malaisie il y a quelques semaines rassurer les autorités de ce pays sur la poursuite des importations européennes d’huile de palme. Une intervention remarquée dans le contexte de négociations parallèles sur des ventes d‘armes françaises à Kuala Lumpur.

Confronté à un sujet complexe hérité aussi de l’engagement du gouvernement précédent vis-à-vis de Total, Nicolas Hulot a su communiquer habilement sur un compromis trouvé avec le groupe pétrolier (passage du tonnage d’importation d’huile de palme de 650 à 350 t). Surtout, il a mis en avant l’engagement pris à Bruxelles dans le cadre de la Directive Energies renouvelables, de plafonner, puis de réduire l’utilisation d’huile de palme, pour une interdiction totale prévue à l’horizon 2030.

Encore une fois, Nicolas Hulot a montré qu’il sait aussi être très politique en faisant face à des arbitrages défavorables dans l’attente de futures victoires. Il a néanmoins besoin maintenant d’engranger des succès concrets. L’annonce faite du projet d’inscription de la protection de l’environnement à l’article 1 de la Constitution est un premier pas. Le Plan Biodiversité qui vient d’être lancé constitue enfin l’opportunité pour Nicolas Hulot de porter des mesures ambitieuses à même de le réconcilier avec ses anciens amis écologistes. Sous réserve bien sûr que l’Elysée lui en donne les moyens.

Author

Aymeric Audenis

Senior Consultant

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