Une Wallonie attractive pour qui?

L’Agence Wallonne à l’exportation a récemment communiqué les chiffres concernant les performances de la Région en matière d’investissements étrangers en 2014. Mais qu’y a-t-il exactement derrière ces chiffres?

L’Agence Wallonne à l’exportation a récemment communiqué les chiffres concernant les performances de la Région en matière d’investissements étrangers en 2014. Sur l’année écoulée, ceux-ci sont en légère amélioration par rapport à 2013, et sont même qualifiés de très bon cru sur la période 2000-2014. 

L’année passée, cela représente environ 600 millions d’euros investis par des acteurs industriels dans l’économie wallonne, pour un gain estimé à 2000 emplois directs. Mais qu’y a-t-il exactement derrière ces chiffres ?

Entre 2000 et 2014, sur les 10,5 milliards d’euros investis, un peu moins de 60% constituent en réalité des extensions d’investissements précédemment réalisés. Cela illustre la nécessité, une fois le premier investissement réalisé, de maintenir une attractivité constante pour permettre la croissance de ces entreprises.

Sur cette période (2000-2014), les quatre premiers investisseurs sont, dans l’ordre, les Etats-Unis, la Flandre, la France et l’Italie pour un total de plus de 6 milliards d’euros.

Soulignons que les deux secteurs dans lesquels les plus gros montants ont été investis durant la dernière décennie, près de 2,5 milliards d’euros, proviennent de la chimie et de l’agro-alimentaire, deux piliers des exportations wallonnes. Ce qui illustre le lien entre attraction des investissements étrangers et exportations.

Prospérité assurée ?

En lisant ces résultats positifs sur la capacité de la Wallonie à attirer les investissements étrangers, peut-on pour autant en conclure que la prospérité des futures générations est assurée? Certainement pas.

Tout d’abord, il faut évaluer et repenser notre système d’éducation. Sans aborder le problème par la racine, nos écoles continueront de générer des cohortes dont un pourcentage élevé (on parle de plus de 15% dans certains cas) sera probablement sans emploi toute sa vie.

Les différentes aides européennes obtenues par la Wallonie depuis les années 80 ont malheureusement été trop peu investies dans l’économie de la connaissance. Il est temps de miser sur les cerveaux pour augmenter les chances de succès des jeunes dans une économie très compétitive.

Dans cette logique d’évaluation de l’enseignement, le Plan Marshall devrait d’ailleurs faire l’objet d’un regard critique sur sa capacité d’améliorer durablement la formation sur des périodes de 10,15 ou 20 ans. Le triste bilan de l’enseignement est d’autant plus déplorable que la Belgique, et ses régions, se comportent de manière remarquable en termes de politiques d’innovation.

Ensuite, la Wallonie devrait s’atteler à faire croître ses ” champions cachés “, ces entreprises au haut potentiel de croissance. Les études démontrent que la Wallonie en possède un très grand nombre, dans de nombreux secteurs. Voici dès lors un chantier qui mérite une attention particulière, étant donné qu’il est aujourd’hui possible d’identifier ces entreprises.

Le défi consiste à mettre en place un processus d’accompagnement qualitatif et adapté de ces entreprises à haut potentiel. Investir dans la croissance des entreprises constitue un potentiel de création de richesse sans doute au moins aussi important que la valeur des investissements étrangers attirés en Wallonie.

Attractivité sous pression

Enfin, la politique d’attractivité des investissements étrangers est elle-même sous pression. La faiblesse des moyens budgétaires est un véritable frein à l’expansion économique. Car comment investir, et prendre des risques, avec des ressources limitées ?

La récente réforme de l’Etat fera rapidement sentir ses effets sur la Wallonie et pourrait encore limiter les moyens d’action. Le risque est dès lors réel de voir se renforcer la pression fiscale, notamment sur les investissements ou autres activités productives.

Le gouvernement maintient heureusement des moyens pour attirer les investisseurs (notamment via les lois d’expansion économique) ainsi qu’un rythme soutenu d’appels à projets dans les pôles de compétitivité. Mais sera-ce suffisant, notamment pour aménager deux ou trois grandes zones d’activité économique (30 à 50 hectares), comme prévu dans la déclaration de politique régionale? Et améliorer la connectivité à haut débit ? Des partenariats nouveaux devront sans doute être envisagés.

Renforcer l’attractivité de la Wallonie pour les investisseurs étrangers est un défi essentiel pour continuer à développer notre économie. En cela, l’AWEX, et sa branche investissements étrangers, excelle dans sa mission.

Mais rendre la Wallonie attractive pour que des milliers de jeunes puissent créer, ou trouver, leur emploi est un défi encore plus complexe, dont les bénéfices potentiels dépassent la valeur des investissements étrangers. Il en est de même pour le soutien des entreprises dans leur démarche de croissance.

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